Bhaisajyaguru. Le Bouddha de la médecine. Signification spirituelle

Bhaisajyaguru, connu sous le nom de Bouddha de la médecine, est une figure importante de certains courants du bouddhisme mahayana et symbolise la guérison aux niveaux physique, mental et spirituel. Il est décrit comme le Bouddha de la terre pure de l’est, Vaiduryanirbhasa « Lapis Lazuli pur« . Cette terre pure est un domaine exempt de souffrances et d’afflictions, où tous les êtres peuvent pratiquement atteindre l’éveil spirituel sans les obstacles auxquels nous sommes communément confrontés dans notre monde.

La vénération et les pratiques associées au Bouddha de la médecine se retrouvent dans différentes cultures et régions, notamment au Tibet, en Chine, au Japon et dans d’autres pays asiatiques. Dans chaque culture, la figure de Bhaisajyaguru est adaptée et comprise de manière légèrement différente, mais l’essence de sa sagesse curative et de sa compassion reste constante.

Voici le nom donné au Bouddha de la médecine dans chacune des langues :

  • Sanskrit: Bhaisajyaguru
  • Chinois: Yaoshi Fo
  • Tibétain: Sangye Menla
  • Japonais: Yakushi Nyorai
  • Coréen: Yaksayeorae
  • Vietnamien: Duoc Su Phat
  • Thaï: Phra Yaang Sii

Dans cet article, nous allons nous pencher sur le symbolisme, les enseignements et les pratiques de dévotion du Bouddha de la médecine.

Apparence et iconographie

Bhaisajyaguru, el buda de la medicina venerado en distintas tradiciones budistas.

Dans les représentations les plus courantes du Bouddha de la médecine, son corps est d’un bleu lapis-lazuli profond, symbolisant le ciel et l’océan infinis, ainsi que l’étendue et la profondeur de la guérison qu’il apporte. Le ton bleu de sa peau symbolise la nature curative du dharma, offrant une représentation visuelle de sa fonction en tant que figure qui dissipe la souffrance physique et mentale.

Dans sa main gauche, le Bouddha de la médecine tient délicatement un pot de nectar médicinal, qui est associé à la capacité de neutraliser même les maux les plus puissants et indique que dans sa sagesse existe l’antidote à la myriade de souffrances qui affligent les êtres sensibles.

Dans sa main droite, le Bouddha de la médecine exprime élégamment le Varada Mudra, un geste signifiant la générosité suprême. Ici, ses doigts pointent vers le bas, touchant la terre, symbolisant son lien avec les souffrances du monde et sa nature généreuse sans limites. Le geste promet implicitement d’exaucer les souhaits des êtres sensibles et de leur apporter la guérison spirituelle et physique dont ils ont besoin.

Dans certaines interprétations artistiques, Bhaisajyaguru apparaît avec la plante myrobalan, un médicament traditionnel dans les systèmes ayurvédique et tibétain, qui représente la guérison de tous les maux physiques et mentaux. Il symbolise le fait que la guérison offerte par ce Bouddha ne se limite pas aux maladies spirituelles, mais englobe toutes les formes de souffrance, reconnaissant ainsi que le bien-être physique et spirituel est profondément lié.

Il est parfois assis ou entouré de fleurs de lotus, qui ont une grande signification symbolique dans la pensée bouddhiste. Le lotus, qui émerge pur et immaculé des eaux troubles, symbolise l’émergence spirituelle et la pureté au milieu des souffrances et des obstacles de l’existence.

Il est également représenté accompagné de deux bodhisattvas:

  • Le bodhisattva Suryaprabha (ou « Lumière du soleil ») : Souvent représenté à droite de Bhaisajyaguru. Ce bodhisattva symbolise la lumière du soleil et est associé à l’élimination des ténèbres de l’ignorance, éclairant ainsi le chemin de la sagesse et de la compréhension.
  • Bodhisattva Chandraprabha (ou « Clair de lune »): Il est généralement situé à gauche de Bhaisajyaguru. Chandraprabha symbolise le clair de lune, qui représente la compassion et le soulagement de la souffrance. Le clair de lune est apaisant et atténuant, symbolisant ainsi la capacité à calmer la détresse et la souffrance.

Ces deux bodhisattvas, ainsi que Bhaisajyaguru, forment une triade symbolisant différents aspects de la pratique bouddhiste et ses bienfaits curatifs. La lumière du soleil et la lumière de la lune représentent respectivement la dualité de la sagesse et de la compassion, toutes deux essentielles sur le chemin bouddhiste de l’illumination et de la guérison. Dans les représentations artistiques, l’inclusion de Suryaprabha et Chandraprabha aux côtés du Bouddha de médecine rappelle l’interconnexion de ces qualités dans la pratique spirituelle et le chemin vers la guérison intérieure.

La représentation du Bouddha de la médecine dans l’art offre un moyen par lequel les gens peuvent se connecter, réfléchir et s’immerger dans les profondes qualités curatives de ses enseignements. Son symbolisme invite tous les êtres à suivre un chemin de guérison, de compassion et d’évolution spirituelle, perpétuellement guidés par le regard serein de ce Bouddha. Chaque élément de l’iconographie de Bhaisajyaguru nous invite à approfondir les enseignements et les pratiques qui tournent autour de l’apaisement de la souffrance. Son image n’est pas seulement une représentation passive à admirer ou à vénérer, mais l’incarnation active d’une puissante force de guérison spirituelle. Se connecter au Bouddha de Médecine est un acte d’invocation des puissantes et profondes énergies de guérison et de compassion qu’il symbolise.

Le yoga du Bouddha de la médecine

Il est très important de noter que de nombreuses personnes considèrent que le yoga se limite aux « asanas » ou postures. Mais « yoga » est un mot sanskrit qui signifie« union » et, par conséquent, Bhaisajyaguru yoga ou sadhana fait référence à l’ensemble des pratiques, rituels et enseignements autour de la figure du Bouddha de la médecine qui sont censésnous « unir » à sa sagesse. Les praticiens se connectent souvent au Bouddha de médecine par le biais de diverses pratiques, telles que la méditation, la récitation de mantras, les offrandes rituelles et la visualisation, dans l’espoir que cela leur apportera une protection et une guérison physique et mentale.

La sadhana du Bouddha de médecine va au-delà d’une simple pratique de guérison personnelle ; elle intègre dans sa philosophie une compassion illimitée qui s’étend à tous les aspects de la pratique. Les praticiens ne cherchent pas seulement la guérison pour eux-mêmes, mais aspirent à soulager la souffrance de tous les êtres sensibles.

Le Sutra du Bouddha de la médecine

Le « Bhaishajya-guru-vaidurya-prabha-raja Sutra » ou, plus simplement, le Sutra du Bouddha de la médecine, est un texte sacré qui décrit l’apparence, les vœux et les pratiques associés à Bhaisajyaguru. Ce sutra évoque non seulement la figure du Bouddha de la médecine, mais aussi les 12 vœux qu’il a prononcés pour aider les êtres à surmonter les différentes afflictions et obstacles qu’ils rencontrent. Les pratiques et méditations liées au Bouddha de la médecine abordées dans le sutra visent non seulement à guérir et à soulager la maladie, mais aussi à faciliter le chemin vers l’éveil en aidant les pratiquants à se libérer des souffrances et des afflictions mentales et émotionnelles. Le sutra souligne l’importance de la compassion, de la sagesse et de la pratique assidue du dharma pour parvenir à une guérison holistique et à la libération du cycle des naissances et des morts.

Les 12 vœux du Bouddha de la médecine

Les vœux ou serments du Bouddha de la médecine sont une partie essentielle de son engagement à aider les êtres sensibles par ses pratiques de guérison et sa sagesse. Bien que les sources varient quant au nombre et au détail des vœux, les douze vœux suivants, prononcés par Bhaishajyaguru dans sa résolution de bodhisattva d’aider tous les êtres, sont souvent mentionnés :

  • Je fais le vœu que mon corps brille comme des rayons de lumière vive dans ce monde infini et sans limites, se déversant sur tous les êtres, les débarrassant de leur ignorance et de leurs soucis grâce à mes enseignements. Que tous les êtres soient comme moi, avec une condition et un caractère parfaits, un esprit et une âme justes, et qu’ils atteignent finalement l’illumination en tant que Bouddha.
  • Je fais le vœu que mon corps soit comme du cristal, pur et sans défaut, irradiant partout des rayons de lumière splendide, illuminant et éclairant tous les êtres avec sagesse. Avec les bénédictions de la compassion, que tous les êtres renforcent leur pouvoir spirituel et leur énergie physique, afin qu’ils puissent réaliser leurs rêves sur le bon chemin.
  • Je fais le vœu d’accorder à tous les êtres, grâce à une sagesse sans limite, les choses inépuisables dont ils ont besoin, et de les soulager de toute douleur et de toute culpabilité résultant de désirs matérialistes. Si les vêtements, la nourriture, le logement et le transport sont essentiels, ils doivent aussi être utilisés avec sagesse. En plus de l’autoconsommation, le reste doit être partagé généreusement avec la communauté afin que tous puissent vivre ensemble en harmonie.
  • Je fais le vœu de ramener sur le chemin de la droiture ceux qui se sont égarés. Qu’ils soient corrigés et ramenés sur le chemin de l’éveil du Bouddha.
  • Je fais le vœu de permettre à tous les êtres sensibles d’observer les préceptes de pureté spirituelle et de conduite morale. En cas de rechute ou de non-observation, ils seront guidés par le repentir. Tant qu’ils se repentiront sincèrement de leurs méfaits et qu’ils feront le vœu de changer en priant constamment et en ayant une foi inébranlable en Bouddha, ils pourront recevoir les rayons du pardon et retrouver la moralité et la pureté qu’ils ont perdues.
  • Je fais le vœu que tous les êtres qui sont physiquement handicapés ou malades à tous égards soient bénis et jouissent d’une bonne santé, tant physique que mentale. Tous ceux qui rendent fidèlement hommage au Bouddha seront bénis.
  • Je fais le vœu de soulager la douleur et la pauvreté des grands malades et des pauvres. Que les malades soient guéris, que les personnes sans défense soient aidées, que les pauvres soient assistés.
  • Je fais le vœu d’aider les femmes qui souffrent et sont torturées et qui cherchent à devenir des hommes. Lorsqu’elles entendront mon nom, me rendront hommage et prieront, leurs souhaits seront exaucés et elles atteindront finalement la bouddhéité.
  • Je fais le vœu de libérer tous les êtres des mauvaises pensées et de leur contrôle. Je les conduirai sur le chemin de la lumière en leur inculquant la droiture et l’honneur pour qu’ils empruntent le chemin de la bouddhéité.
  • Je fais le vœu de sauver les prisonniers qui se sont vraiment repentis et les victimes des catastrophes naturelles. Mes pouvoirs suprêmes béniront ceux qui sont sincères et exempts de souffrances.
  • Je fais le vœu de sauver ceux qui souffrent de la famine et ceux qui ont commis un crime pour obtenir de la nourriture. S’ils entendent mon nom et le chérissent fidèlement, je les guiderai vers les avantages du Dharma et je leur donnerai la meilleure nourriture pour qu’ils puissent enfin mener une vie paisible et heureuse.
  • Je jure de sauver ceux qui souffrent de la pauvreté, tourmentés par les moustiques et les guêpes jour et nuit. S’ils trouvent mon nom, le chérissent avec sincérité et pratiquent le dharma pour renforcer leurs mérites, ils pourront atteindre leurs désirs.

Visualisations

Le sutra décrit des visualisations spécifiques du Bouddha de la médecine qui peuvent être pratiquées par les dévots. Ces visualisations sont chargées de symbolisme et sont pratiquées dans l’intention de cultiver la vertu, la compassion et la sagesse, ainsi que d’obtenir des bienfaits pour la santé.

Les visualisations peuvent varier légèrement en fonction de l’école ou de la tradition bouddhiste. Les praticiens peuvent utiliser ces visualisations comme un outil de méditation, de prière et comme un moyen de se connecter à l’énergie de guérison et à la sagesse du Bouddha de médecine. Il est toujours conseillé d’apprendre ces pratiques sous la direction d’un maître spirituel expérimenté ou d’un lama qualifié afin de s’assurer qu’elles sont comprises et pratiquées correctement.

Un exemple de ces pratiques consiste à visualiser la lumière bleue curative qui rayonne du Bouddha Bhaishajyaguru dans toutes les directions. Cette lumière a non seulement la capacité de soulager les souffrances physiques et mentales, mais elle symbolise également la sagesse qui disperse l’ignorance, la cause première de la souffrance selon le bouddhisme. Les pratiquants méditent sur cette lumière, s’autorisant à absorber sa qualité curative et transformatrice, et l’envoient également en offrande à tous les êtres, souhaitant qu’ils soient libérés de leurs souffrances.

Le mantra du Bouddha Bhaisajyaguru

« Tayata Om Bekandze Bekandze Maha Bekandze Radza Samudgate Soha » est le mantra du Bouddha médecin. Lorsqu’il est récité avec révérence, il est censé purifier le karma, éliminer la souffrance et apporter la guérison et l’illumination. Chaque syllabe du mantra est imprégnée de puissantes vibrations spirituelles qui relient le fidèle aux énergies de compassion et de guérison de Bhaisajyaguru. Le mantra n’est pas seulement récité pour la guérison personnelle, il est également chanté avec l’intention altruiste d’invoquer la guérison pour les autres, étendant ainsi un lien universel de compassion curative.

Pratiques rituelles

La création d’images, de peintures ou de statues de Bhaisajyaguru et les offrandes qui leur sont faites font partie des pratiques rituelles mises en œuvre pour honorer la figure du Bouddha de la médecine et recevoir ses bénédictions. Les fidèles peuvent créer des autels et offrir des fleurs, de la nourriture, des lampes et d’autres objets pour exprimer leur dévotion et accumuler des mérites. Il existe également des cérémonies et des pujas, qui sont des rituels de culte, au cours desquels des versets du Sutra sont récités, des offrandes sont faites et la méditation sur la présence curative de Bhaisajyaguru a lieu.

Dans certains cas, les adeptes du Bouddha de la médecine s’engagent également dans des pratiques de jeûne et de retraite afin de purifier le corps et l’esprit et de se connecter plus profondément aux enseignements et à l’énergie de Bhaisajyaguru. Ce jeûne n’est pas seulement considéré comme une pratique purificatrice, mais aussi comme un moyen de cultiver la discipline, le renoncement et la concentration, qualités qui sont fondamentales dans la pratique bouddhiste au sens large.

Il n’est pas nécessaire d’être bouddhiste pour bénéficier des enseignements du Bouddha de la médecine. Le principe fondamental de la compassion et du soulagement de la souffrance est universel et les pratiques liées à Bhaishajyaguru sont donc accessibles à tous, quelle que soit leur foi ou leur voie spirituelle. De nombreuses personnes dans le monde intègrent la récitation de mantras et la méditation sur le Bouddha de la médecine dans leur vie quotidienne, trouvant dans ces pratiques une source de paix, de guérison et d’espoir.

Références bibliographiques

  • Blofeld, J. (1987). The Healing Buddha. Shambhala.

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